• Un cavalier - 12

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    Fernand écrit peu en ce mois de mai 1915 sauf pour signaler que le 8 mai il y a eu une messe en pleine air qui a attiré très peu de monde.

    Le 24, assis au bord de l’Yperlée, il regarde le paysage dévasté qui s’offre à lui : Je contemple les ruines matérielles qui barrent tous les points de l’horizon.  Je pense à tant d’autres ravages moraux engendrés par la guerre et qui seront plus difficiles à restaurer que les autres.  (…) Pour cela il faudra lutter, travailler, s’user mais en somme des usures de ce genres donnent à la vie sa plus belle parure.

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    Beaucoup sinon la plupart des soldats englués dans la boue face à ces facades noircies, ces amas de pierres meurtries devaient éprouver une grande lassitude mais notre homme se sent, lui, animé d'une grande résolution.

  • Berliner Illustrirte Zeitung

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    Bien que fondé en 1891 le Berliner Illustrirte Zeitung ne commence à paraitre régulièrement que le 4 janvier 1892  pour disparaître en 1945 dans les ruines du IIIe Reich.

    Dans ce numéro 33 d’août 1914, il est longuement question de l’Eroberung  Belgiens soit de l’invasion de la Belgique avec  les habituels récits concernant des francs-tireurs et les  exécutions « justifiées » de villageois.

    Des photos du front de l’Est où l’on décore déjà.

    Le dessin de couverture est l’œuvre de Koch-Gotha qui depuis 1904 illustrait avec succès diverses couvertures du Berliner Illustrirte Zeitung .

    On trouvera ici  une publicité parue dans le Berliner Illustrirte pour des «  montres militaires » déjà fournies, écrit-on, à plus de 100.000 exemplaires  à  l’armée et la marine de guerre.

    Dans l’encadré un certain lieutenant G. du Fuss-Rgt 33  affirme  «.pas une nuit    pas une garde sans  ma montre au cadran lumineux… ».

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  • Un Cavalier 11

    A1-Tranchées

    Soit que ses occupations l’empêchent d’écrire soit qu’il ne passe rien d’important sur le front car Fernand ne reprend son journal que le 2 mai pour annoncer la visite du roi Albert dans son secteur.

    « A le voir on se sent plus confiant.  J’avais dénommé notre gourbi A l’Abri des Inspections.  Le général et le colonel l’ont remarqué » et ont bien ri".

    Le roi Albert aimait à se sentir près de ses troupes et se rendait souvent sur le front de même que son épouse la reine Elisabeth.

    Le 4 mai il note « J’ai été proposé pour être brigadier.  J’ai refusé ». Il ne spécifie pas le motif de son refus.

    ElisabetTranchée

  • Un Cavalier 10

    Fernand est dans un hôpital  en Normandie. « Les journées s’écoulent monotones dans une pluie de pensées ».

    Le 26 février il reçoit l’autorisation de sortir. « Je vais boire un verre de cidre et je chante du Botrel ».

    On eut pu croire que notre bonhomme se sente soulagé de dormir dans des draps blancs à l’abri du danger mais il avoue avoir  « la nostalgie du front » et c’est avec soulagement qu’il apprend, le 19 mars, qu’il peut rejoindre ce front. « Je pars content ».

    « 21 mars. Le régiment est cantonné autour de Houthem. Vie de tranchées. Je viens de terminer le livre de Nothomb Villes Meurtries de Belgique".

    Pierre Nothomb  ce grand écrivain ardennais  mobilisé a été appelé, après avoir servi sous Anvers,  auprès du gouvernement belge en exil  et écrit une série d’ouvrages de propagande dont celui-ci.

    Son style est sublime et les désastres  qu’il raconte s’assemblent en mots légers :

    « Je ne dirai point Ypres, c’est trop de l’avoir décrite une fois, c’est trop de l’avoir vue, monceau de ruines, littéralement anéantie, plus morte que Pompéi même, après en avoir aimé et fréquenté les rues " 

    VillesMeurtries

    VillesMeurtries2

  • Un Cavalier - 9


    AmbuFT

    1er février, départ pour l’hôpital après un chaleureux au revoir des hommes qui viennent jusqu’à l’auto.  Je suis véhiculé jusqu’à Adinkerke.

    Le lendemain il arrive à Calais « et je m’endors … dans des draps blancs ».

    Il y a de nombreux hôpitaux militaires à Calais mais c’est  à la maison-mère des Sœurs Franciscaines qu’il est conduit. On l’opère le 3 février 1915.

    Le 4, il apprend que son frère Henri a été blessé aux jambes et qu’il est, lui aussi, à Calais.

    8 février, il est transféré au bateau-hôpital.  A l’intérieur « une lamentable foule d’éclopés et de miséreux ».

    Le navire fait route sur Cherbourg où Fernand  est débarqué et expédié dans un hôpital en Normandie où on l’opère une nouvelle fois.

     AmbuCP

  • Retour au Miroir du 22 novembre 1914

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    En fouillant mes caisses à la recherche d’informations pour étayer les carnets de guerre de Fernand Tonnet, j’ai exhumé l’Historique du 4ème Chasseurs à Cheval de 1913 à 2000 et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir dans les extraits du carnet de Campagne de Marcel Wolfers qui appartenait au 3ème peloton du 2ème Escadron du 4ème Régiment de Chasseurs à Cheval les notes suivantes :

    5 Octobre : lors de l’entrée à Gand des soldats anglais nous donnent des cigares.

    Le n° 52 du Miroir (…) reproduit une photo : 1) les cavaliers Jack Philippson et Duwée – 2) en arrière Roger Delrue (peloton deux par deux).

    D’après Marcel Wolfers la même photo paraîtra dans une revue allemande avec la légende «  un cas de grande rareté : des soldats anglais tendent à des cavaliers belges, lors de leur marche vers le front des cigares ; en général les rapports entre soldats belges et leurs libérateurs sont mauvais ».

    Lorsque j’écrivais  en juin (le 4-06-2009) « Je ne  pense pas que ces cavaliers belges soient des chasseurs à cheval mais plutôt des gendarmes », je me trompais.

    4ChHistorique

  • Un Cavalier - 8

    La vie dans les tranchées est éprouvante.

    Par  terre rien  que  de la paille ou des branchages pour se garantir contre le froid et l’humidité.

    Une protection dérisoire qui lorsqu’il pleut se transforme en bourbier et chaque pas arraché à la fange demande une dépense d’énergie qui fatigue.

    Les hommes de faction observent la plaine inondée.  La pluie dégouline entre le cou et le col détrempé s’infiltrant jusqu’aux  sous-vêtements.

    Les patrouilleurs qui se sont jetés au sol pour éviter d’être repérés se transforment en motte de boue en quelques instants.

    Dans une note au G.Q.G. le général De Ceuninck  fait remarquer que les conditions de circulation sont déplorables si la pluie persiste plusieurs jours.

    Sur la route, écrit-il, il y a une épaisse couche de boue qui pénètre dans tous les joints des chaussures ; dans les boyaux l’eau atteint parfois plusieurs décimètres de haut.  Il prônait la distribution d’excellentes paires de chaussures  abondamment graissées d’un produit de qualité.

    Il préconisait la fourniture de bottes de caoutchouc aux hommes chargés de tâches particulièrement pénibles.

    Le général n’a cependant  guère d’illusions quant à l’acceptation de ses demandes  aussi conclut-il :

    « Pour circuler dans les tranchées boueuses et dans les prairies où se trouvent les batteries, la meilleures chaussure est encore le sabot.  Ces sabots pourraient faire partie du matériel en justification de façon à ne pas surcharger l’homme.  Par contre le fantassin serait muni d’une paire de chaussons en laine qu’il mettrait avant de chausser les sabots ».

    Son vœu semble avoir été exaucé comme on le voit sur l’illustration ci-dessous.

    Dans de telles conditions rien d’étonnant à ce que Fernand note le 27 janvier  « j’attrape un abcès au pied ».

    L’hygiène étant un luxe impossible là-bas, il écrit le 28 janvier  « mon pied empire et gonfle »

    Le 31 janvier « je vais au rapport et suis évacué d’urgence ».

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